Les informations relatives à la touillette étant longues à réunir, je vais vous narrer l’anecdote qui suit, et qui, comme d’habitude, n’a pas d’autre intérêt que son authenticité.
C’était il y a deux-trois semaines. Je reviens de chez des amis vivant à Aberdeen. 2h de train, à peu de choses près. Et dans ce train, je me retrouve assis en face de ce qui s’avère être un français résidant en Ecosse, et dont l’haleine n’est pas sans rappeler l’ornithorynque qui se néglige. Nous commençons à discuter (putain de pseudo-solidarité entre expats à la con!) A un moment, il me demande: " Qu’est-ce qui te manque, de la France?" Je me mets à énumérer en vrac les pubs et restos de Tours, le volley-ball et…Charlie Hebdo. Et la bouche d’égout sur pattes me répond: " Ah ben moi c’est le Monde Diplomatique!" L’arrivée à destination de mon train m’empêcha de copieusement le pourrir (oui, je sais…). Ce qui suit est à peu près ce que je lui aurais balancé dans la gueule, histoire de me faire un ami de plus.
Je le précise à l’attention des nuls, des non-entravants et des fans de Florent Pagny, Le Monde Diplomatique est un mensuel politiquement situé à gauche, la gauche radicale pour être plus précis. Certaines de ses prises de position sont pour le moins discutables. Notamment vis-à-vis du régime cubain. Rappel de quelques faits: en février 2002, la France est l’invité d’honneur de la foire internationale du livre de La Havane. A l’invitation de l’Ambassade de France et du Quay d’Orsay, une vingtaine d’écrivains fait le déplacement, dont Ignacio Ramonet, le boss du Monde Diplomatique. Après discussion avec Castro, ce dernier lui propose un théâtre de 5000 places pour sa conférence du lendemain, au lieu d’un amphi de 300 places comme prévu à l’origine. Le Lider Maximo ne s’arrête pas en si bon chemin et fait imprimer dans la nuit 10 000 exemplaires du bouquin de Ramonet pour que chaque spectateur est un exemplaire sur son siège, plus 90 000 dans la semaine qui suit. Avant la conférence, Castro fait un discours plus qu’élogieux sur le livre de Ramonet. Puis, ce dernier commence sa conférence (en espagnol) dont le titre est "un délicieux despotisme", despotisme des USA via l’exportation de ses programmes TV et de ses films.
Bien sûr, nada sur les journalistes emprisonnés dans les prisons cubaines ni sur la censure exercée par le pouvoir sur les médias.
Quand, l’année suivante, près de 30 journalistes sont arrêtés, Maurice Lemoine, dans Le Monde Diplomatique, écrit: "Cette décision, prise en connaissance de cause de son coût politique, possède sa logique, qu’on ne peut balayer d’un revers de main." Arf. Personellement, je lui foutrais bien mon revers de main dans la gueule. Enfin…
To be à suivre…